
Sans ELLE

Émerveillement pluriel
J’aime à voir l’épaule nue qui annonce le charme des femmes nanties
et qui s’oublient dans le spectacle du jour.
J’aime à regarder la lèvre pleine qui suggère l’ivresse des baisers
et j’aime à me dire que les femmes sont belles quand elles restent femmes.
Leur destin n’est pas celui des peaux rugueuses qui sentent le labeur.
Elles annoncent la douceur des mots qui savent décrire leur mystère et
si parfois, elles se hasardent dans la rigueur des climats très durs des hommes qui retrouvent le travail de la terre,
elles gardent en elles, les promesses des soirs qui terrassent la fatigue et la sueur.
Indispensable tabernacle aux confessions nocturnes qui jaillissent des corps qui transpirent.
Nécessaire refuge pour les mains qui viennent se reposer entre le vertige des chutes de reins généreuses
et la volupté des mots qui louent leur présence.
À rendre hommage aux voluptés qu’elles fabriquent en riant, je redeviens poète,
enchaîné à leurs chevilles par les vers que je tisse en silence.
Elles écoutent, rêveuses, les murmures des entrailles qu’elles dérangent
et se plaisent à me voir s’échiner pour décrire la magie que l’œil, ébahi, découvre.
Émerveillements multiples et hommages profonds à la courbe qui chavire à l’ombre du désir qu’elles réveillent.
L’imagination, c’est l’art de donner vie à ce qui n’existe pas,
de persuader les autres d’accepter un monde qui n’est pas vraiment là.
Paul Auster
Sans ELLE, cette grand-mère maternelle…
Histoire vraie
AUTANT j’ai aimé la poésie d’Alfred de Musset, AUTANT j’ai détesté celle qui lui a causé cette douleur qui a fait de lui un grand poète.
La douleur réveille ce qu’il y a de profondément enfoui comme l’amour.
Ma grand-mère maternelle était une grande dame, de celles qui, si elle était à la cour d’un souverain, aurait régné sur un empire. Le couple qu’elle formait avec mon grand-père semblait marcher sur les nuages. Ce n’était pas de la simple complicité, mais le respect mutuel auquel tout mariage doit aller. Elle tenait le Riyad d’une main de maître, il pourvoyait au niveau de vie qu’elle méritait. Mon grand-père était un grand chasseur et organisait des chasses en groupe avec ses partenaires de jeu et associés d’affaires. Il avait une chienne, Louisa, aussi fidèle et attachée que l’épouse.
Quand il mourut, grand-mère cessa de vivre et, sa seule distraction était la visite, chaque vendredi, au cimetière, sur la tombe de grand-père. Elle ne rata jamais cette tradition. Le plus merveilleux, encore, c’est, le matin de chaque vendredi, la chienne Louisa, disparaissait. Quand grand-mère arrivait au cimetière, Louisa l’attendait sur la tombe de son défunt mari.
C’est en manipulant son chapelet, ramené de la Mecque, qu’un jour, elle me raconta cet épisode de l’animal qu’elle vénérait comme un être humain tant pour son attitude que pour le seul souvenir vivant de son compagnon de toute une vie.

